Jour de l'an en Guadeloupe

Où comment l'acquisition d'une lettre « commune »...
...peut entraîner le philatéliste à endosser le pardessus de détective !


Or donc, l'histoire de cette enquête débute bien innocemment lors d'une vente sur offres de la maison ROUMET. Y est proposée une lettre affranchie avec le N° 44 des émissions générales ( Sage 25c. jaune bistre), oblitérée de Pointe à Pitre en Guadeloupe.

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Jusque là rien de fantastique, la lettre a reçu l'oblitération de la ligne D - Paquebot Français N°2 ( ligne Bordeaux à Colon-Aspinwall ) et est arrivée à destination, c'est à dire à Bordeaux le 21 janvier 1881, comme l'attestent les cachets figurant au dos de l'envoi.

Le cachet oblitérant est au type E4 ( 33 points dans le cercle intérieur ), en service depuis janvier 1877.

Alors...
Quelle particularité méritait que l'on s'intéresse à cet envoi ?

A y regarder de plus près, le cachet oblitérant au type E4 était normalement destiné à l'annulation des correspondances intérieures.

Bon, admettons que les postiers de Pointe à Pitre aient utilisé ce cachet à la place du cachet au type EPF 3 apposé sur les correspondances par paquebot Français. Ils avaient d'ailleurs été plusieurs fois rappelés à l'ordre par la direction de Basse Terre, mais depuis avril 1877 de tels écarts demeuraient exceptionnels.

Serions nous donc face à une exception ?...........mais alors, comment ce fait-il que ce fameux cachet soit dépourvu de millésime ?

Bien, à force de fixer ce cachet importun, on remarque le jour et le mois d'oblitération, soit le 3 janvier. Cette date n'est pas éloignée du 1er de l'an. Voilà qui mérite de retenir toute notre attention.

Il faut savoir qu'aux colonies, comme en métropole, l'époque du Jour de l'An était propice à des échanges épistolaires beaucoup plus fournis qu'à l'ordinaire. Il n'était pas rare d'employer de la main-d'oeuvre locale équipée avec les moyens du bord.
Ici, on utilisa un cachet oblitérant destiné au service intérieur, et, les millésimes venant à manquer, on s'en passa tout simplement.

Conclusion de notre enquête : nous serions en présence d'une lettre annulée avec une oblitération dite « du jour de l'an » domaine bien connu des marcophiles parisiens mais dont votre serviteur était à des lieux de soupçonner l'existence sous les tropiques avant que cette pièce ne fût entre ses mains et qu'il eut relu l'ouvrage de messieurs DUBUS - PANNETIER ET MARCHAND : « LA GUADELOUPE »

F. DELPY
COLFRA 404
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